Pourquoi la grammaire doit être expliquée dans votre langue
Une même règle est une formalité pour un apprenant et le point le plus difficile du cours pour un autre, selon la langue qu’il parle déjà. Pourquoi une explication écrite pour tout le monde ne parle à personne, et ce que fait un cours adapté.
Une règle, trois apprenants
Prenons l’article indéfini anglais, a ou an. Sur le papier, rien de plus simple : c’est un ou une. Et pourtant, ce n’est pas la même règle pour tout le monde.
Pour un russophone, l’article est une nouveauté complète. Le russe n’en a pas ; il faut d’abord expliquer ce qu’est un article, à quoi il sert, et pourquoi l’anglais exige un petit mot devant book alors que le sens est déjà clair. Pour un hispanophone, l’idée est familière, mais il faut prévenir qu’on ne dit pas I am teacher. Pour un francophone, l’article est une vieille connaissance, et c’est justement le piège : il fonctionne presque comme en français, sauf à trois endroits précis où le français en met un et l’anglais non, ou l’inverse.
Le premier de ces endroits, c’est le métier. En français, on dit ma mère est enseignante, sans article. En anglais, il en faut un.
My mother is a teacher.
Ma mère est enseignante.
Les deux autres : l’anglais n’a pas d’équivalent de des (they are keys, pas they are some keys), et il n’emploie pas the pour parler d’une chose en général. J’aime le café devient I like coffee, et nous buvons du café devient we drink coffee, sans rien devant.
Trois apprenants, une règle, trois leçons différentes. Un cours qui écrit une seule explication puis la traduit l’a en réalité écrite pour l’un d’eux, et fait lire aux deux autres un texte soit condescendant, soit amputé de sa première page.
Les erreurs dépendent de la langue de départ
Les fautes d’un apprenant ne tombent pas au hasard. C’est sa propre langue qui transparaît. Un francophone qui apprend l’anglais dira I am agree, parce qu’on est d’accord en français, et I have eleven years, parce qu’on a onze ans. Il dira I live here since three years, calqué sur depuis. Il oubliera le -s de she works, non par ignorance de la règle, mais parce qu’à l’oral il travaille et je travaille sonnent exactement pareil : rien dans son oreille ne lui signale qu’il manque quelque chose.
I am eleven years old.
J'ai onze ans.
Do you agree or do you think I'm wrong?
Tu es d'accord ou tu penses que j'ai tort ?
Un russophone, lui, ne fera aucune de ces fautes-là. Il en fera d’autres : il oubliera les articles, mettra le verbe au mauvais endroit dans les questions, confondra les temps du passé d’une tout autre manière. Aucune de ces erreurs ne se déduit de l’anglais seul. Elles naissent de la paire de langues. Une explication qui ignore d’où vient son lecteur ne peut pas le prévenir de l’erreur qu’il s’apprête à commettre, ni lui épargner les vingt qu’il ne commettrait jamais.
Traduire n’est pas adapter
La plupart des cours sont écrits une fois, en anglais, puis traduits dans chaque langue. La traduction conserve les phrases et perd le lecteur. La version française d’un cours pensé pour un public international explique encore longuement ce qu’est un article à quelqu’un qui en emploie depuis l’âge de deux ans, et ne dit pas un mot des faux amis entre le français et l’anglais, puisque l’original n’avait aucune raison d’en parler. Actually n’y est jamais rapproché d’actuellement, ni library de librairie.
Un cours adapté est écrit à partir de zéro pour chaque langue maternelle : la même règle, les mêmes faits, mais une autre explication, avec les comparaisons dont ce lecteur peut se servir et les mises en garde dont il a besoin. C’est plus de travail, à peu près un cours par langue maternelle au lieu d’un seul traduit, et c’est la seule manière d’obtenir une explication qui parle vraiment à celui qui la lit.
Concrètement, dans le cours
Chaque règle est expliquée en français, et rédigée pour des francophones plutôt que traduite d’un texte générique. Un francophone et un russophone ne lisent pas la même explication de la même règle. Les exemples s’appuient sur ce que vous savez déjà : la fiche de l’article indéfini signale noir sur blanc que l’article est obligatoire devant un métier, « contrairement au français ».
Cela vaut à tous les niveaux, pas seulement au début. La grammaire de la dernière leçon est aussi adaptée que celle de la première, parce que l’interférence ne s’arrête pas quand on progresse. Elle devient plus subtile : le passé composé qui pousse vers I have seen him yesterday, le depuis qui réclame un présent là où l’anglais n’en veut pas.
Et quand la correction repère une forme fausse dans une phrase que vous avez tapée, la règle qu’elle vous montre est cette explication adaptée, en français, au moment précis où vous en avez besoin. Pas un verdict, ni une page de grammaire de référence écrite pour tout le monde : la seule chose qui n’allait pas, expliquée pour vous.
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