Combien de mots faut-il pour parler une langue ?
Moins qu’on ne le craint pour tenir une conversation, plus que ne l’avouent les applications pour une vraie vie dans la langue, et de toute façon ce n’est pas le bon chiffre à compter. Ce que disent les études de fréquence, et ce qu’elles passent sous silence.
Les chiffres, sans enjoliver
Dans une langue, les mots ne se valent pas. Quelques centaines font l’essentiel du travail dans n’importe quelle conversation, et la traîne des mots rares est immense. Les chercheurs qui comptent ces choses, à commencer par le linguiste Paul Nation, aboutissent à des ordres de grandeur assez proches d’une langue à l’autre :
- le millier de familles de mots les plus fréquentes couvre environ les trois quarts de ce qui se dit au quotidien ;
- deux à trois mille suffisent pour l’essentiel d’une conversation ou d’un texte simple, de quoi suivre et se faire comprendre ;
- vers cinq mille, lire un journal ou un roman ordinaire cesse d’être une lutte ;
- un adulte instruit connaît dans sa langue entre quinze et vingt mille familles de mots, et continue d’en apprendre.
La lecture encourageante est donc vraie : une première vraie conversation tient en quelques centaines de mots, bien choisis. La lecture décourageante l’est aussi : « une langue en mille mots », c’est de quoi survivre en voyage, pas de quoi vivre dans la langue.
L’avance des francophones, et son revers
En anglais, un francophone ne part pas de zéro. Après la conquête normande, le français a été pendant trois siècles la langue de la cour et de l’administration en Angleterre, et l’anglais en a gardé une part considérable de son vocabulaire. Government, justice, possible, table, beef : des milliers de mots se lisent presque sans effort.
Mais regardez lesquels. Ce sont surtout les mots savants, administratifs, abstraits. Les mots les plus fréquents, ceux qui tiennent chaque phrase, sont d’origine germanique et ne ressemblent à rien de connu : be, have, go, get, take, the, with. Un francophone lit sans peine the government announced a reform et bute sur I got up and went out. Son avance porte sur la traîne, pas sur le cœur de la langue. Et elle a un revers : les faux amis, actually, library, eventually, qui ressemblent à un mot français et veulent dire autre chose.
Pourquoi le compte est trompeur
Les chiffres ci-dessus comptent des familles de mots, c’est-à-dire un mot de base avec tout ce qui en dérive. En anglais, une famille compte peu de formes, mais les plus fréquentes sont justement les plus irrégulières. Le verbe le plus courant de la langue est une seule entrée dans les listes de fréquence, et ses formes n’ont presque rien à voir entre elles.
| personne | singulier | pluriel |
|---|---|---|
| 1. | am | — |
| 2. | are | — |
| 3. | is | — |
Celui qui a appris mille mots sous leur forme du dictionnaire ne « couvre » pas les trois quarts d’un texte. Il en reconnaît les trois quarts, avec effort, et il en produit très peu, parce que la forme apprise n’est pas celle qu’il faut au moment de parler. Les mêmes mille mots, avec leurs formes produites sans réfléchir, représentent tout autre chose, et il n’existe aucun raccourci entre les deux, sinon produire les formes.
L’autre chose que le chiffre cache, c’est quels mots. Mille mots tirés d’un guide de conversation et mille mots pris dans la vraie liste de fréquence ont moins en commun qu’on ne le croirait. Les mots fréquents sont surtout petits et ternes : pronoms, prépositions, be, have, go, want, ces mots-outils qui font tenir la phrase. Personne n’en fait une carte mémoire, et toutes les phrases en ont besoin.

have
avoir
We have some eggs.Nous avons des œufs.
| personne | singulier | pluriel |
|---|---|---|
| 3. | has | — |
Ce que cela impose à un cours
Deux choses en découlent. Les mots doivent arriver dans un ordre qui respecte la fréquence, pour que ceux dont chaque phrase a besoin viennent d’abord, et qu’à tout moment ce que vous savez forme une langue utilisable plutôt qu’une collection de noms. Et chaque mot doit s’apprendre avec ses formes, en phrases, parce que les chiffres de couverture ne deviennent vrais qu’une fois les formes automatiques.
Le cours fait les deux. Les mots arrivent leçon par leçon, chacune apportant ceux dont sa règle a besoin, et chaque mot vient avec une image, une voix, sa traduction et toutes ses formes. Chaque forme est un élément à part dans le calendrier des révisions, avec son propre niveau. « Connaître un mot » veut donc dire que ses formes ont atteint un certain niveau, vérifié dans des phrases que vous avez écrites, et non que vous l’avez aperçu sur une carte.
Phrases
Écrivez-la en anglais
Nous ne sommes pas étudiants, nous sommes professeurs.
première proposition : forme courte 1 (sujet + be) ; seconde proposition : forme complète
La garantie que permet le compte
Parce que le cours sait exactement quels mots il vous a appris, il peut promettre ce qu’aucun guide de conversation ne promet : vous ne rencontrerez jamais un mot que vous n’avez pas appris. Les textes, les dialogues et les phrases d’une leçon sont construits uniquement avec les mots que le cours vous a déjà donnés. Pas de devinette d’après le contexte, pas de dictionnaire dans l’autre main, pas de phrase à moitié comprise. Quand vous ouvrez un texte, vous pouvez le lire ; la seule question est de savoir à quelle vitesse.
C’est ce que devrait signifier un nombre de mots, et c’est le seul qui vaille la peine d’être suivi. Pas combien de mots vous avez vus, mais combien vous pourriez employer tout de suite, sous toutes leurs formes, sans vous arrêter pour réfléchir. Ce nombre, et le niveau de chaque mot qui le compose, vous pouvez le consulter à tout moment.
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