Pourquoi les cartes mémoire ne suffisent pas

Les cartes mémoire à répétition espacée sont le meilleur outil de la plupart des apprenants sérieux, et elles les laissent pourtant incapables de dire une phrase. Ce qu’une carte ne peut pas vérifier, et ce qu’il faut autour d’elle.

Rendons-leur justice

Si vous avez dépassé le stade des applications ludiques, vous avez sans doute fini avec un paquet de cartes, dans Anki ou ailleurs. Les cartes à répétition espacée sont réellement efficaces : elles programment les révisions selon votre maîtrise de chaque carte, elles demandent de retrouver la réponse plutôt que de la reconnaître, et elles tiennent sans peine des milliers d’éléments. Pour des dates, des capitales ou des formules de chimie, il n’existe guère de meilleure méthode. La plupart des gens qui atteignent un bon niveau en autodidacte ont un paquet de cartes quelque part dans leur histoire.

Et la plupart ont aussi un manuel, une grammaire, un professeur et un carnet de phrases, parce que les cartes seules ne les faisaient pas parler. Le problème n’est pas dans la programmation des révisions. Il est dans ce qu’une carte peut contenir.

Une carte, c’est une chose isolée

Une carte porte « voir » d’un côté et see de l’autre. Vous lisez le recto, vous dites le verso, vous vous notez. Très bien. Maintenant, essayez de dire je l’ai vu hier, elle voit tout, nous l’avons vue la semaine dernière. La carte vous a appris la forme du dictionnaire. Presque chaque phrase que vous direz en demandera une autre.

seevoirverb
infinitif: see · présent
personnesingulierpluriel
3.sees—

On peut faire une carte par forme, et certains le font. On se retrouve alors avec cinq cartes pour un seul verbe, chacune vérifiée seule, aucune à l’endroit où elle vit : après un sujet qui exige le -s, dans une phrase au passé, à côté d’un did qui ramène le verbe à sa forme de base. Savoir que le prétérit de see est saw, c’est un fait. Écrire saw sans y penser parce que vous racontez ce que vous avez fait samedi, c’est une compétence. Les cartes vérifient le fait.

C’est vous qui notez, et vous êtes indulgent

Une carte ne peut pas vérifier votre réponse. Vous la retournez, vous comparez, et vous décidez : est-ce que je le savais ? Quiconque a utilisé un paquet de cartes sait ce qui se passe ensuite. Vous avez dit seen alors que la carte attendait saw ; c’était presque ça, « bien ». Le mot vous est revenu une seconde après avoir retourné la carte ; ça compte, « bien ». Le calendrier repousse alors la carte de plusieurs semaines sur la foi d’une réponse que vous n’avez pas vraiment donnée.

Une phrase tapée est notée par la correction, pas par vous. La forme est là ou elle n’y est pas, et une forme fausse n’est jamais « presque juste ».

Les cartes ignorent la grammaire

Même un paquet parfait, avec toutes les formes de tous les mots, ne vérifie que des mots. La grammaire, ce qui décide quelle forme va où, n’a pas de carte. Vous pouvez faire une carte « questions au présent : do ou does » et réciter la règle au verso ; vous vérifiez alors que vous savez réciter la règle, ce qui n’est pas ce qui lâche quand vous parlez. Ce qui lâche, c’est l’application de la règle, au milieu d’une phrase, dans l’urgence, quand votre attention est tout entière sur le sens.

Le seul exercice qui vérifie la grammaire, c’est de produire une phrase qui en a besoin. Reste à savoir si le système peut dire quelle règle a cédé quand la phrase est fausse. Une carte ne le peut pas, puisqu’elle n’a qu’une réponse. Une correction de phrases qui connaît la règle de chaque mot, si.

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Phrases

Écrivez-la en anglais

Nous ne sommes pas étudiants, nous sommes professeurs.

première proposition : forme courte 1 (sujet + be) ; seconde proposition : forme complète

We're not student, we are teachers.

Pas tout à fait

  • we're
  • not
  • we
  • are
  • teachers

Touchez un mot marqué pour voir la grammaire et la carte du mot.

We're not students, we are teachers.

students : vous avez tapé « student » · Le pluriel des noms, réguliers et irréguliers

Aussi correct:

we aren't students we are teachers

we are not students we are teachers

Ce que cette réponse a coûté

RègleLe pluriel des noms, réguliers et irréguliers3 → 1

Une phrase du cours, avec une terminaison fausse dans la réponse. Touchez le mot marqué.

Quelqu’un doit fabriquer les cartes

Un paquet que vous construisez vous-même suit l’ordre dans lequel vous croisez les mots, avec les traductions que vous avez trouvées ce jour-là, sans images si vous n’en ajoutez pas et sans son si vous n’en trouvez pas. Faire une bonne carte prend quelques minutes ; en faire mille prend les heures que vous comptiez passer à apprendre. Les paquets partagés règlent le problème du travail et en posent un autre : ils ont été conçus pour le cours de quelqu’un d’autre, dans un autre ordre, avec des erreurs que personne n’a corrigées.

Ce qu’il faut autour de la carte

Le cours garde ce qui fonctionne dans l’idée de la carte. Chaque mot, chaque forme d’un mot et chaque règle de grammaire est un élément à part, avec son propre niveau, révisé à son échéance et repoussé plus loin à chaque bonne réponse. C’est la répétition espacée, appliquée à trois sortes de choses au lieu d’une.

Tout le reste est différent. Un élément n’est jamais vérifié seul : il l’est dans une phrase que vous écrivez entièrement, et la correction lit chaque mot, marque celui qui a cédé et nomme la règle en cause. La note ne dépend pas de vous. Un mot arrive sous forme de carte toute prête, avec une image, une voix, la traduction, toutes ses formes et une phrase que vous avez déjà rencontrée. Et l’ordre n’est pas celui du hasard de vos lectures : c’est celui du cours, une règle à la fois, avec les mots dont cette règle a besoin.

go

go

aller

verbe

D'un mot, aussi : se placer, avoir sa place dans la phrase.

I go home after work.Je rentre à la maison après le travail.

infinitif: go · présent
personnesingulierpluriel
3.goes—

Si vous avez un paquet de cartes, gardez-le pour ce que les cartes font bien. Pour la langue elle-même, la carte doit être une phrase.

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À lire ensuite

  • Faut-il apprendre la grammaire pour parler une langue ?

    Les uns disent qu’il suffit de parler et que les règles viendront toutes seules. Les autres ont passé des années sur des tableaux de conjugaison et ne savent toujours pas commander un café. Les deux décrivent un échec bien réel. À quoi sert vraiment la grammaire, et la seule manière de l’apprendre qui n’aboutit à aucun des deux.

  • Un mot, c’est toutes ses formes

    Savoir « go », ce n’est pas savoir « went ». Savoir « child », ce n’est pas savoir « children ». Pourquoi chaque forme d’un mot est traitée comme une chose à apprendre en soi, et ce que cela change.

Commencez par une phrase.

Écrivez-la, trompez-vous, comprenez pourquoi. C’est toute la méthode.

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