Faut-il apprendre la grammaire pour parler une langue ?

Les uns disent qu’il suffit de parler et que les règles viendront toutes seules. Les autres ont passé des années sur des tableaux de conjugaison et ne savent toujours pas commander un café. Les deux décrivent un échec bien réel. À quoi sert vraiment la grammaire, et la seule manière de l’apprendre qui n’aboutit à aucun des deux.

Deux façons d’échouer

La première, tout le monde en France la connaît. Sept ans d’anglais entre le collège et le lycée, les temps en tableaux, les verbes irréguliers récités par colonnes, des contrôles sur les tableaux, et au bout du compte un adulte qui sait expliquer la différence entre le prétérit et le present perfect mais n’arrive à se servir ni de l’un ni de l’autre dans une phrase. « J’ai fait sept ans d’anglais et je ne parle pas » : la formule est devenue presque une blague nationale. La grammaire a été apprise comme on apprend l’histoire, comme une série de faits sur la langue, rangés à côté d’elle et jamais dedans.

La seconde est la réaction à la première. Oublier les règles, écouter beaucoup, parler, et laisser la grammaire se mettre en place toute seule, comme à trois ans. Cela marche un temps. Puis on plafonne à un niveau où l’on est compris et où l’on fait des fautes, et on y reste des années, parce que personne ne corrige un adulte qu’il comprend, et qu’on n’entend pas ses propres erreurs sur une règle qu’on n’a jamais apprise.

Chaque camp a raison sur l’autre. Reste à savoir à quoi sert une règle, si ce n’est ni à la réciter ni à la sauter.

Une règle est un raccourci

Un enfant apprend les terminaisons de sa langue en les entendant des dizaines de milliers d’heures. Un adulte n’a pas ces heures. Une règle condense cette expérience : au présent, avec he, she ou it, le verbe prend un -s. La lire prend trente secondes. La déduire de ce qu’on entend peut prendre des mois, et souvent n’aboutit jamais. Surtout pour un francophone, dont l’oreille n’est pas dressée à entendre ce -s : en français, il travaille et je travaille se prononcent de la même façon.

La règle vaut donc la peine d’être lue. Une fois. Ce qui n’en vaut pas la peine, c’est de l’apprendre par cœur, parce qu’une règle mémorisée se range au même endroit qu’une date d’histoire, et cet endroit est bien trop lent à atteindre pendant qu’on parle. Il faut que la règle passe de ce qu’on sait à ce qu’on fait, et cela n’arrive que d’une seule manière.

La grammaire s’apprend en produisant

Chaque fois que vous écrivez une phrase qui demande ce -s, vous appliquez la règle. Les premières fois, vous la consultez : she, donc troisième personne, donc works. La vingtième fois, vous hésitez moins. À la cinquantième, dans une phrase nouvelle sur un sujet nouveau, la terminaison sort avant la règle. C’est le moment où la grammaire a cessé d’être de la théorie. Ce n’est pas la relecture de l’explication qui l’a produit, ni un clic sur une étiquette : c’est d’avoir produit la forme, souvent, dans des phrases qui voulaient dire quelque chose.

  • She works in a shop near my school.

    Elle travaille dans un magasin près de mon école.

C’est pourquoi la quantité de pratique par règle compte davantage que la qualité de l’explication. Une règle accompagnée de trois exemples est une règle comprise. Une règle derrière laquelle il y a cinquante phrases, étalées sur plusieurs semaines, est une règle acquise.

Ce que le cours fait d’une règle

Chaque leçon est construite autour d’une règle. Vous la lisez, expliquée en français, et un court quiz vérifie que vous l’avez comprise. Puis la leçon vous donne les mots dont la règle a besoin, et vous écrivez : phrase après phrase, chacune exigeant la règle, chacune tapée en entier et vérifiée mot par mot. Vous n’accédez au texte et au dialogue d’une leçon qu’une fois capable d’en écrire les phrases.

Après la leçon, la règle ne disparaît pas. Elle a un niveau de 1 à 7, comme un mot, et elle revient quand c’est son tour, au détour de phrases de leçons ultérieures qui en ont besoin. Si vous oubliez le -s, la correction nomme la règle en défaut et son niveau est divisé par deux, pour qu’elle revienne plus tôt. Une règle que vous réussissez sans cesse s’éloigne peu à peu : une révision toutes les deux semaines, puis tous les mois, et un jour vous auriez du mal à dire ce qu’elle énonçait, parce que vous n’y avez plus pensé depuis un an. Vous vous en servez, simplement.

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Phrases

Écrivez-la en anglais

Nous ne sommes pas étudiants, nous sommes professeurs.

première proposition : forme courte 1 (sujet + be) ; seconde proposition : forme complète

We're not student, we are teachers.

Pas tout à fait

  • we're
  • not
  • we
  • are
  • teachers

Touchez un mot marqué pour voir la grammaire et la carte du mot.

We're not students, we are teachers.

students : vous avez tapé « student » · Le pluriel des noms, réguliers et irréguliers

Aussi correct:

we aren't students we are teachers

we are not students we are teachers

Ce que cette réponse a coûté

RègleLe pluriel des noms, réguliers et irréguliers3 → 1

Une phrase du cours, avec une terminaison fausse dans la réponse. Touchez le mot marqué.

Alors, il en faut ou pas ?

Il faut la lire, une fois, dans une langue que vous comprenez. Il faut la produire, des centaines de fois, dans des phrases vérifiées. Et il faut quelque chose qui remarque quand elle cède et qui la ramène. Ce dont vous n’avez pas besoin, c’est de savoir la réciter ; ce que vous ne pouvez pas faire, c’est vous en passer. La règle n’est pas le but. C’est le chemin le plus court pour ne plus en avoir besoin.

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À lire ensuite

  • Un mot, c’est toutes ses formes

    Savoir « go », ce n’est pas savoir « went ». Savoir « child », ce n’est pas savoir « children ». Pourquoi chaque forme d’un mot est traitée comme une chose à apprendre en soi, et ce que cela change.

  • Pourquoi la grammaire doit être expliquée dans votre langue

    Une même règle est une formalité pour un apprenant et le point le plus difficile du cours pour un autre, selon la langue qu’il parle déjà. Pourquoi une explication écrite pour tout le monde ne parle à personne, et ce que fait un cours adapté.

Commencez par une phrase.

Écrivez-la, trompez-vous, comprenez pourquoi. C’est toute la méthode.

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