L’anglais est-il difficile quand on parle français ?

Ce que le français vous donne d’avance en anglais, ce qui vous freine justement parce que vous parlez français, et pourquoi tant de francophones comprennent l’anglais bien mieux qu’ils ne le parlent.

La réponse courte

Pour un francophone, l’anglais est facile à lire et difficile à parler. Une bonne partie du vocabulaire est déjà familière, la grammaire de base tient en peu de formes, et les premiers mois avancent vite. Puis viennent la prononciation, l’orthographe, les temps du passé et une poignée de petits mots qui changent tout, et c’est là que beaucoup s’arrêtent.

Le résultat le plus courant, après des années d’école, porte un nom que tout le monde connaît : « je comprends, mais je n’ose pas parler ».

Ce qui joue en votre faveur

Le vocabulaire. Après la conquête normande, le français a été pendant trois siècles la langue du pouvoir en Angleterre, et l’anglais en a gardé des milliers de mots. Restaurant, table, question, family, village, minute : à l’écrit, une phrase anglaise sur deux contient un mot que vous reconnaissez. Un article entier de ce guide est consacré à ces mots, et à leurs pièges.

Pas de genre, presque pas d’accords. La table, le livre et la fenêtre sont tous it. L’adjectif ne s’accorde avec rien : a red car, red cars, a red bike. Après les accords du participe passé, c’est des vacances.

Une conjugaison minuscule. Au présent, un verbe ordinaire a deux formes : work et works. Pas de subjonctif à apprendre, pas de troisième groupe, pas de nous allons, vous allez, ils vont.

Des articles qui vous ressemblent. A et the fonctionnent à peu près comme un et le. Il y a trois exceptions à connaître, le métier (she is a doctor), l’absence de des et les généralités sans article (I like coffee), mais l’idée même d’article ne vous est pas étrangère.

Ce qui vous freine, justement parce que vous parlez français

La prononciation. Le français n’a ni th, ni h prononcé, ni voyelles longues et brèves qui changent le sens (ship et sheep), et il accentue toujours la dernière syllabe. L’anglais accentue une syllabe différente selon le mot, et réduit les autres presque à rien. C’est la principale source de malentendus, bien plus que la grammaire.

L’orthographe. En anglais, la même suite de lettres se lit de plusieurs façons, et les lettres muettes ne suivent pas les règles du français. Daughter, Wednesday, know : rien dans l’écriture ne vous dit comment les prononcer.

Les temps du passé. C’est le piège numéro un. Le passé composé ressemble au present perfect (j’ai vu, I have seen), alors que dans l’immense majorité des cas il se traduit par un prétérit : I saw him yesterday, jamais I have seen him yesterday. Et depuis demande un temps du passé là où le français garde le présent. Un article de ce guide y est consacré.

Le -s de la troisième personne. She works, he lives. La règle est simple, et pourtant elle saute même chez des francophones avancés, parce qu’en français il travaille et je travaille se prononcent de la même façon. L’oreille ne signale rien.

Do, does, did. Le français pose une question avec l’intonation (tu travailles où ?) ou en inversant le sujet. L’anglais exige un auxiliaire en tête pour presque toutes les questions et les négations au présent et au passé. Where you work? et I not like it se comprennent, mais sonnent tout de suite étrangers.

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Phrases

Écrivez-la en anglais

Où travaille-t-elle ?

mot interrogatif + auxiliaire + sujet « she » + verbe à l'infinitif sans « to »

Une phrase du cours. Tapez-la, puis appuyez sur « Vérifier ».

L’adjectif avant le nom. Une voiture rouge devient a red car. La règle est vite comprise, mais l’ordre français revient sous la fatigue ou la vitesse.

Les verbes à particule. Get up, give up, look after, run out : le sens ne se déduit ni du verbe ni de la particule. Le français n’a rien de comparable, et l’anglais parlé en est plein.

Où l’on s’arrête

Beaucoup de francophones atteignent assez vite une bonne compréhension de l’écrit, grâce au vocabulaire commun. L’oral vient beaucoup plus lentement, pour deux raisons. La première tient à la prononciation, qui demande un vrai travail de l’oreille et de la bouche. La seconde tient aux habitudes : en France, les films et les séries sont souvent regardés en version française, et l’on entend moins d’anglais au quotidien que dans les pays où tout est sous-titré.

Le résultat est un profil très répandu : B1 à la lecture, A2 à l’oral, et la sensation de connaître la langue sans pouvoir s’en servir. La bonne nouvelle, c’est que ce qui manque n’est pas du savoir mais de la pratique. Le -s, le did, le prétérit, vous les connaissez. Il reste à les produire assez souvent pour qu’ils sortent avec la phrase, et non après elle.

En conclusion

Pour un francophone, l’anglais est une langue proche par le vocabulaire et lointaine par le son. Elle est plus accessible que l’allemand, avec ses cas, ou que le russe, avec son alphabet et ses déclinaisons. Mais elle est plus exigeante que ne le laissent croire les premières semaines, parce que ses vraies difficultés sont précisément celles que le français ne prépare pas. Ceux qui le savent dès le départ et qui s’entraînent à parler, pas seulement à lire, arrivent à une conversation solide. Ceux qui comptent sur la ressemblance des mots en restent au stade où l’on comprend tout et où l’on ne dit rien.

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À lire ensuite

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Écrivez-la, trompez-vous, comprenez pourquoi. C’est toute la méthode.

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